L’évidentialité et la modalité : Au croisement de la grammaire et du lexique

Description

  

L’évidentialité est une notion linguistique particulièrement pertinente lorsque l’on explore l’interaction entre le langage et la pensée. La notion se conçoit différemment selon les auteurs, mais une des définitions les plus simples que l’on peut rencontrer est l’encodage linguistique de la source d’information (Chafe & Nichols eds. 1986, Aikhenvald 2004 inter alia). En français, la médiativité est une notion concurrente aux contours plus clairement restreints (Lazard 1956, 1996, Guentchéva, ed., 1996, 2004, Guentchéva & Landaburu, eds, 2007).

Le nombre de publications sur le sujet est en constante augmentation depuis la monographie d’Aikhenvald en 2004, et un certain nombre de grammaires de langues variées y font maintenant référence. Cependant, tout le travail académique sur la notion ne part pas des mêmes postulats. La relation qu’elle entretient avec la modalité épistémique est complexe et continue à être débattue (Cornillie 2007, Boye 2010, Tournadre 2016, Guentchéva, ed., 2018). Certains considèrent que les deux notions sont clairement distinctes : Aikhenvald (2004), de Haan (1999) et Nuyts (2001a). D’autres positionnent la modalité épistémique en tant que sous-catégorie de l’évidentialité : Papafragou (2000), Ifantidou (2001), alors que des travaux antérieurs avançaient que la modalité épistémique englobait l’évidentialité :  Anderson (1986), Palmer (1986) et Willett (1988) inter alia.

Selon Aikhenvald, l’évidentialité est en premier lieu une catégorie grammaticale que l’on peut retrouver dans certaines langues du monde, alors que d’autres chercheurs considèrent que l’évidentialité est une notion sémantique ou pragmatique universelle (Boye & Harder 2009, Cornillie, Arrese & Wiemer 2015 inter alia). Cependant, bien que l’on ne puisse nier que certaines langues possèdent un système évidentiel nettement plus grammaticalisé que d’autres, la recherche sur la grammaticalisation a pu également établir que la frontière entre ce qui est lexical et ce qui est grammatical repose sur plusieurs critères qui sont sujets à discussion. La théorie de la grammaticalisation a permis de mettre en lumière le caractère graduel et non binaire de la distinction lexique/grammaire, et a révélé que les langues du monde ont tendance à développer graduellement des formes grammaticales à partir de sources lexicales qui empruntent des chemins comparables (Heine  & Kuteva 2002 inter alia). Tracer la frontière entre le grammatical et le lexical dans une langue dépend de plusieurs critères qui peuvent être remis en question. Un nombre sans cesse croissant de données est désormais disponible sur les marqueurs évidentiels et modaux des langues du monde, ce qui permet de mieux saisir leur placement sur le continuum lexico-grammatical, et révéler les schémas récurrents que l’on peut observer dans les langues qui ont un système évidentiel ou modal émergent.

Nous sollicitons des propositions de communications présentant des données sur des marqueurs évidentiels ou modaux d’une ou plusieurs langues pour ce colloque international dont les objectifs sont de :

-développer un dialogue fructueux entre la recherche en typologie sur l’évidentialité et la modalité en tant que catégories grammaticales, et la recherche sur ces notions en tant que domaines sémantiques/pragmatiques pertinents pour toutes les langues ;

-permettre la rencontre d’un vaste échantillon de langues (à la fois des langues dotées d’un système évidentiel ou modal pleinement grammatical, et d’autres langues qui ont davantage recours à des outils lexicaux pour exprimer ces notions) ;

-étudier comment des marqueurs de discours, des particules et des constructions peuvent exprimer les domaines sémantiques de l'évidentialité et la modalité ;

-relier le champ de recherche sur l’évidentialité et la modalité à d’autres domaines d’étude tels que la théorie de la grammaticalisation ;

-présenter des études sur l’acquisition L1 et L2 de l’évidentialité et la modalité ;

-explorer le continuum lexique-grammaire à travers des études en typologie, acquisition et diachronie sur les marqueurs évidentiels et modaux.

 

Conférenciers invités :

Alexandra Aikhenvald (James Cook University, Australie)

Bernd Heine (Université de Cologne, Allemagne)

Jan Nuyts (Université d’Anvers, Pays-Bas)

Nicolas Tournadre (Université Aix-Marseille, Lacito, IUF)

 

Organisation :

Eric Mélac (Université Paul Valéry - Montpellier 3, EMMA)

Pascale Leclercq (Université Paul Valéry – Montpellier 3, EMMA)

Jacques Brès (Université Paul Valéry – Montpellier 3, Praxiling)

Eric Corre (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, Prismes)

Nicolas Tournadre (Université d'Aix-Marseille, Lacito et IUF)

 

 

Lieu et date :

Montpellier (centre-ville ; site St Charles, station Albert 1er – tram 1 et 4)

10-11 juin 2021

 

Frais d'inscription :

Plein tarif 80 euros (comprend repas de jeudi midi, dîner de jeudi soir, repas de vendredi midi et pauses café)

Mastérants et doctorants 50 euros (comprend repas de jeudi midi, dîner de jeudi soir, repas de vendredi midi et pauses café)

Auditeurs libres : 20 euros repas de jeudi midi, 20 euros repas de vendredi midi, 40 euros dîner de jeudi

 

   

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